Jolien Venneman

JV


Trois questions à Jolien Venneman, ancien point focal national de l'initiative mondiale pour la taxonomie (GTI) 

1. En quoi consiste votre travail ?

Je travaille en tant que responsable scientifique du programme CEBioS, qui est basé à l'Institut royal des sciences naturelles de Belgique (IRSNB). Dans le cadre de cette fonction, je suis également le point focal national belge (PFN) pour l'Initiative taxonomique mondiale (GTI) et l'assistant du PFN belge pour le Centre d'échange (CHM) qui, comme la GTI, est un mécanisme mis en place sous les auspices de la Convention sur la diversité biologique (CDB).

2. Quels sont les principaux défis et opportunités dans votre travail quotidien ?

Les compétences nécessaires à la recherche taxonomique, c'est-à-dire à la classification et à la description de la diversité biologique sur terre, sont rares et il s'avère parfois difficile de rassembler les informations nécessaires sur les espèces présentes dans une zone ou un écosystème donné. En ce qui concerne ce dernier point, les collections de spécimens conservés et les bibliothèques contenant de la littérature taxonomique sont concentrées dans quelques endroits du monde, en particulier dans les pays développés, où la conversion des données sur les spécimens en contenu numérique accessible a commencé il y a 20 ans, mais est encore loin d'être achevée. De nombreux pays tropicaux en développement et riches en biodiversité - où il est urgent d'agir pour sauvegarder et utiliser durablement la biodiversité - n'ont pas les moyens de conserver de grandes collections de leur faune et de leur flore, n'ont pas ou peu accès à la littérature scientifique et manquent souvent de ressources pour décrire et surveiller les espèces qui vivent sur leur territoire. Cela constitue un obstacle sérieux à la mise en œuvre effective de la CDB.

L'Initiative taxonomique mondiale (GTI) a été mise en place pour réduire spécifiquement cet "obstacle taxonomique". Depuis 2001, l'IRSNB est le PFN de la Belgique pour la GTI. Étant donné que la Belgique abrite d'importantes collections d'histoire naturelle, des bibliothèques, des installations de recherche bien équipées et un personnel scientifique/curatorial bien formé, nous aimerions nous assurer que notre riche patrimoine taxonomique puisse également servir aux (para)taxonomistes des pays en développement. C'est pourquoi le PFN belge de l'ITG octroie chaque année deux types de subventions, l'une permettant aux chercheurs des pays en développement éligibles d'être formés à la taxonomie et à la gestion des collections en Belgique, tout en ayant accès aux collections belges, et l'autre permettant aux experts belges de mener des activités de formation et de recherche basées sur la taxonomie dans les pays du Sud. Grâce à ces fonds, plus de 230 stages ont été organisés et des centres d'expertise ont été créés dans des pays tels que le Bénin, le Burundi, la République démocratique du Congo, la Côte d'Ivoire, le Vietnam, etc.

3. Quels sont vos souhaits pour la biodiversité à l'avenir ?

Mon espoir pour l'avenir est que les données générées par la recherche taxonomique et le suivi de la biodiversité puissent atteindre plus facilement le niveau politique, afin de fournir efficacement la base de connaissances nécessaire et d'inciter les décideurs à prendre des mesures concrètes pour conserver et restaurer les écosystèmes vulnérables. Sans la pandémie de COVID-19, 2020 aurait dû être une année critique pour l'environnement, avec des réunions internationales clés établissant l'agenda pour l'action environnementale dans la (les) décennie(s) à venir (European Green Deal, Post-2020 Global Biodiversity Framework qui sera adopté par COP15, etc). J'espère que la crise du COVID servira de signal d'alarme ou donnera au moins un nouvel élan pour s'engager réellement dans ce programme universel et changer notre comportement habituel. Pour enrayer la perte de biodiversité, nous aurons besoin de toutes les mains sur le pont, en impliquant non seulement les scientifiques et les décideurs, mais aussi nos jeunes, les communautés locales et les organisations de la société civile, qui devraient être atteints par le biais d'une intégration efficace de la biodiversité.