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2023 juin 12Les invasions biologiques sont la deuxième cause d'extinction d'espèces dans le monde (et en Belgique) après la perte d'habitats naturels. Les organismes peuvent être introduits au-delà de leur aire de répartition naturelle, intentionnellement ou non. Il s'agit notamment des virus pathogènes, des bactéries, des champignons, des algues, des mousses, des fougères, des plantes à fleurs, des invertébrés et des vertébrés. Lorsqu'elles sont envahissantes, elles peuvent endommager l'environnement et avoir un impact négatif sur la santé, l'économie et la sécurité.
Les espèces exotiques envahissantes ont un impact négatif sur les espèces indigènes et peuvent avoir de graves répercussions sur le fonctionnement des écosystèmes.
Sur le plan économique, ils peuvent notamment affecter négativement le rendement des cultures, obstruer les cours d'eau et générer des problèmes de santé publique (ils peuvent être vecteurs de parasites et de maladies ou produire des substances allergènes et des toxines). Elles entraînent souvent des coûts de gestion importants afin de restreindre leur développement, de limiter leurs dégâts ou de restaurer les écosystèmes.
Afin d'établir des règles visant à prévenir, minimiser et atténuer les effets néfastes des espèces exotiques envahissantes (EEE), le règlement européen 1143/2014 est entré en vigueur le 1er janvier 2015. Le règlement prévoit une série de mesures qui s'appliquent à tout organisme figurant sur la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l'Union.
Au niveau européen, la mise en œuvre effective du règlement est assurée par deux organes principaux :
- Le Forum scientifique de l'UE sur les EEE, composé de représentants de la communauté scientifique désignés par les États membres, qui fournit des conseils sur toute question scientifique liée à l'application du règlement, et en particulier sur la question de savoir si les espèces supplémentaires à inscrire sur la liste des espèces préoccupantes pour l'UE et les évaluations des risques associées sont robustes et adaptées à leur objectif.
- Le Comité de l'UE sur les espèces exotiques envahissantes, composé de représentants de tous les États membres, discute de la conformité des espèces proposées aux critères d'inscription. Toute mise à jour de la liste de l'Union est soumise à l'avis favorable du comité IAS.
La mise en œuvre du règlement de l'UE sur les EEE repose sur une étroite coopération entre tous les États membres. Concrètement, les espèces figurant sur la liste des espèces préoccupantes pour l'UE sont soumises à des restrictions et à des mesures énoncées dans le règlement. Il s'agit notamment de restrictions relatives à la conservation, à l'importation, à la vente, à la sélection et à la culture. Les États membres sont tenus de prendre des mesures concernant les voies d'introduction non intentionnelle, de prendre des mesures pour la détection précoce et l'éradication rapide de ces espèces, et de gérer les espèces.
En Belgique, la mise en œuvre du règlement implique les compétences de l'État fédéral et des régions. Par conséquent, afin de mettre en œuvre ce règlement en Belgique, un accord de coopération a été rédigé et est en cours d'approbation entre les entités fédérées. L'accord de coopération crée trois structures nationales officielles :
- Le Conseil scientifique sur les EEE, composé d'experts scientifiques fournissant des conseils au Comité national sur les EEE.
- Le Comité national sur les EEE, composé de décideurs qui élaborent et adoptent la position de la Belgique sur la liste de l'Union et sa mise à jour (la position de la Belgique est ensuite partagée avec les autres États membres au sein du Comité de l'UE sur les EEE).
- Le Secrétariat scientifique national sur les EEE, qui aide le Conseil scientifique à répondre aux questions du Comité national sur les EEE.
Conformément à l'article 13 du règlement de l'UE sur les espèces envahissantes préoccupantes pour l'Union, tous les États membres sont tenus d'identifier et de hiérarchiser les voies d'introduction involontaire d'espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l'Union. Les voies prioritaires d'introduction involontaire des 49 espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l'Union répertoriées à ce jour ont été identifiées à l'échelle de la Belgique. Sur la base de cet exercice, un ensemble de plans d'action est en cours d'élaboration afin de répondre à la voie prioritaire identifiée. La Belgique établira et mettra en œuvre ces plans d'action pour son territoire et, dans la mesure du possible, coordonnés au niveau régional/fédéral approprié.
En outre, les États membres sont tenus de prendre une décision sur les options de gestion. À cette fin, la Belgique a réalisé une évaluation de gérabilité en 2018. Le projet s'appuie sur des experts pour évaluer la faisabilité des stratégies de gestion pour les espèces de la liste de l'Union en utilisant une adaptation du schéma de gestion des risques non indigènes (NNRM) de Booy et al. (2017) https://link.springer.com/article/10.1007/s10530-017-1451-z/fulltext.html. Les espèces considérées comme incapables de s'établir en Belgique sont exclues de l'exercice. Le NNRM utilise des scores de réponse et de confiance semi-quantitatifs pour évaluer sept critères clés liés à la faisabilité de la gestion d'une espèce envahissante : efficacité, praticité, coût, impact, acceptabilité, fenêtre d'opportunité et probabilité de réinvasion. L'approche a été légèrement adaptée aux besoins et à la pratique en Belgique. La réalisation de cette évaluation a été approuvée et formalisée par le conseil scientifique et le comité des IAS belges et vise à : 1) Soutenir la mise en œuvre de la réglementation de l'UE en Belgique ; 2) Fournir une base de preuves solide pour les décisions relatives à la gestion des IAS grâce à un processus transparent et reproductible ; 3) Fournir une base de preuves pour les dérogations à l'obligation de réponse rapide (Art 18) ; 4) Fournir un moyen de prise de décision structurée pour la gestion des IAS grâce à une approche participative de la communauté d'experts belges sur IAS. Les résultats de la présente évaluation de la gérabilité viennent donc étayer le processus de prise de décision mais ne constituent en aucun cas une recommandation de la direction.
La Commission étudiera également les moyens de mieux intégrer les préoccupations supplémentaires liées à la biodiversité dans les nouveaux régimes phytosanitaires et zoosanitaires.
En tant que Partie à la Convention de Berne (Conseil de l'Europe), la Belgique devrait mettre en œuvre les recommandations spécifiques de Berne sur les questions relatives aux EEE, notamment l'article 11, 2 b) qui stipule que chaque Partie doit prendre des mesures pour contrôler strictement l'introduction d'espèces non indigènes. Afin de mettre en œuvre cette disposition, le Comité permanent a adopté une stratégie paneuropéenne sur les espèces exotiques envahissantes qui recommande notamment d'élaborer et de mettre en œuvre des stratégies nationales sur les EEE en tenant compte de la stratégie paneuropéenne susmentionnée (Recommandation n° 99/2003).
Aborder la question des EEE de manière intégrée constitue un défi particulier en Belgique en raison de la complexité de son cadre institutionnel qui entraîne une division et une fragmentation des compétences sur des questions liées à différents aspects des EEE (par exemple, l'environnement, la santé et l'agriculture). Afin de résoudre ce problème et de respecter les différents engagements concernant les espèces exotiques dans le cadre des traités auxquels la Belgique est partie, des mesures concrètes doivent être prises de toute urgence et des plans d'action coordonnés doivent être élaborés si nécessaire par et entre toutes les autorités compétentes.
Le projet TRIAS est actuellement en cours. Il vise à suivre de manière dynamique, d'année en année, la progression des espèces exotiques, à identifier les espèces émergentes, à évaluer leurs risques actuels et futurs et à informer les politiques en temps opportun dans un flux de travail fluide basé sur des données. Un système qui repose sur une science ouverte et des infrastructures de données ouvertes. En utilisant des normes et des installations internationales en matière de biodiversité, TRIAS garantit l'interopérabilité, la répétabilité et la durabilité. Le processus peut ainsi être adapté aux exigences futures dans un paysage politique en matière d'IAS en évolution, à la fois au niveau local et international.